
Pour un dirigeant de PME ou ETI, la gouvernance d’entreprise n’est souvent envisagée que lors de situations à haute tension : signature de pactes d’actionnaires, entrée d’investisseurs, croissance rapide ou projet de cession. Pourtant, c’est dès la structuration de l’organisation que se joue la résilience future de l’entreprise et la préservation de votre capacité à décider. Négliger la gouvernance, c’est s’exposer à la dilution du pouvoir, à l’enlisement des décisions ou à la montée de conflits internes. Inversement, une gouvernance solide maximise la valeur partagée entre actionnaires, sécurise la transformation de l’entreprise et rassure investisseurs, partenaires ou repreneurs potentiels.
Dans beaucoup de PME, la confusion persiste entre le dirigeant, le conseil d’administration (ou de surveillance), les actionnaires et les managers opérationnels. Il est tentant de penser que tout va de soi… jusqu’à la première crise ou à l’arrivée d’un nouvel associé. Structurer la gouvernance, c’est d’abord formuler précisément qui a la main sur quoi (décisions stratégiques, nominations, choix d’investissements majeurs, rémunérations, etc.). Cette clarté permet d’anticiper les désaccords et d’éviter les non-dits ou blocages.
Une gouvernance solide s’appuie sur des supports juridiques (pacte d’actionnaires, règlement intérieur de conseil, délégations de pouvoirs), mais aussi sur des processus de reporting, de convocations et de pilotage des réunions (ordres du jour structurés, suivi des décisions). L’erreur fréquente est de penser que ces outils « brident l’agilité » ; au contraire, bien utilisés, ils accélèrent les arbitrages et permettent d’avancer dans un cadre sécurisé, même avec des sensibilités ou intérêts divergents.
La croissance, la levée de fonds ou l’entrée d’investisseurs sont des moments critiques pour la gouvernance. L’arrivée de nouveaux actionnaires peut entraîner une dilution effective ou ressentie du pouvoir du dirigeant historique. Il est alors indispensable de prévoir des clauses précises dans les pactes (majorités qualifiées, droits de veto, limitation du transfert d’actions, rôles au sein de l’organe de gouvernance) et de bâtir des outils pour préserver le cap stratégique de l’entreprise.
Savoir accueillir des fonds ou des associés externes, sans perdre la maîtrise de la vision initiale, exige une gouvernance « cousue main » : équilibrage des droits, mise en place de reporting renforcé, formalisation des rendez-vous stratégiques. Attention, toutefois, à ne pas sur-structurer : un excès de formalisme peut décourager l’initiative et complexifier la gestion. Le vrai enjeu, c’est l’équilibre entre le pilotage stratégique et la capacité d’action opérationnelle.
Les conflits n’apparaissent que rarement du jour au lendemain ; certains signaux faibles sont à surveiller : tensions récurrentes en Comité, désengagement d’un associé, désalignement sur la stratégie de croissance ou ressenti d’injustices sur la valorisation. Un bon dispositif de gouvernance ne se contente pas de définir des procédures, il définit aussi des modes de résolution des désaccords : médiation, clauses de sortie, arbitrage, calendrier de discussions formelles, etc.
Un conflit non anticipé ou mal traité contamine rapidement la dynamique collective et peut faire fuir partenaires ou acquéreurs. Privilégier la transparence, l’écriture de règles du jeu claires (droit d’information, modalités de rachat, gestion des situations de blocage), mais aussi la capacité à instaurer une culture de feedback et de confrontation constructive.
Pour de nombreux dirigeants, la gouvernance apparaît encore comme un sujet « d’avocat » ou réservé aux grandes entreprises. Pourtant, lors d’une cession ou d’une transmission, un dispositif de gouvernance éprouvé représente un gage de sérieux, de pérennité et de stabilité. Les acquéreurs sont sensibles à la qualité du dialogue actionnarial, à la capacité à piloter des transitions de management, à la robustesse des processus de décision. Une gouvernance solide accélère la transaction et limite les risques de désaccord post-acquisition.
Enfin, il n’existe pas de modèle universel : la gouvernance doit être proportionnée à la taille, au cycle de vie et à la culture de l’entreprise (familiale, scale-up, structure multi-sites…). L’écueil serait de « plaquer » une structure calquée sur le CAC 40, sans tenir compte des réalités humaines et opérationnelles. L’enjeu : construire une gouvernance vivante, utile, évolutive, incarnée à la fois par les dirigeants et les actionnaires clés.
Mettre en place une gouvernance d’entreprise opérationnelle, c’est assurer à la fois la fluidité décisionnelle, la résilience collective et un meilleur partage de la valeur. Prendre ce sujet à bras-le-corps, y compris en prévision d’une transformation majeure, c’est renforcer la confiance des actionnaires, maximiser l’attractivité pour des investisseurs ou repreneurs, et garantir le pilotage sur le long terme. La vraie force d’une bonne gouvernance ? Être à la fois un bouclier et un accélérateur pour votre entreprise. Le moment de s’en soucier, c’est maintenant.
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François Joseph Viallon est cofondateur de Scale2Sell, où il accompagne des dirigeants dans leur passage à un nouveau palier de croissance jusqu’à la cession de leur entreprise.
Entrepreneur dans l’âme, il a fondé et dirigé StarDust, une société internationale spécialisée dans le test d’applications mobiles, qu’il a menée jusqu’à sa cession.Fort de cette expérience, il partage aujourd’hui les enseignements – succès comme erreurs – de son parcours pour aider d’autres dirigeants à structurer, valoriser et transmettre leur entreprise dans les meilleures conditions.
Il est également l'animateur du podcast Les interviews Scale2Sell et du programme d’accompagnement One Step Forward, pensé pour les dirigeants qui veulent anticiper et réussir leur transition.
François croit profondément à l’impact d’un collectif d’experts engagés, au service de dirigeants prêts à franchir une nouvelle étape.
François est papa de 2 garçons de 11 et 12 ans, il est basé à Marseille et en Haute-Savoie.